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02.11.2009

Une confirmation

placedesvosges.jpgLe Marais s’attendait à un grand spectacle, ce lundi. Imaginez donc: des escouades de CRS débarquant dans ce si chic quartier de Paris, se déployant place des Vosges, une des plus belles places de la capitale, et donnant l’assaut à des «galériens du logement» retranchés dans l’hôtel particulier qui, jadis, vit naître la marquise de Sévigné. Assurément, c’eut été du grand et beau spectacle. Mais il faudra un peu patienter. Ce matin, à la radio, le ministre du Logement a donné quelques jours de rab’ à la quarantaine d’activistes du collectif «Jeudi Noir», qui, depuis quelques jours, ont réquisitionné et occupent l’Hôtel de Sévigné, un splendide hôtel de maître du dix-septième siècle vide depuis plus de quarante années. Le ministre a précisé qu’avant toute action policière, il y avait d’abord le temps de la réponse judiciaire. Les pandores attendront donc un jugement du tribunal avant de donner l’assaut aux galériens. Jugement qui, cela dit, ne devrait pas tarder puisque le propriétaire des lieux a d’ores et déjà porté plainte en justice contre l’envahissement et l’occupation de son immeuble par ces militants contre le mal-logement.

 

Un mal-logement qui n’a décidément pas fini d’être un fléau en France en général et en région parisienne en particulier. C’est ce que confirmait ce matin le ministre. En effet, malgré les 15 milliards d’aides au logement accordés chaque année dans ce pays, on y dénombre toujours 2 millions de gens en difficulté chaque mois pour payer leur loyer. Ce qui, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, se traduit chaque année par l’expulsion d’au minimum 50 000 locataires de leurs logements. Autant de gens qui, quand ils n’aboutissent pas carrément à la rue, viennent en tout cas grossir les rangs des victimes du mal-logement. Alors que, dans le même temps, autre confirmation ministérielle ce matin, on compte à ce jour au minimum un demi-million de logements inoccupés en France.

 

jeudinoir.jpgCette réalité, néanmoins, ne pousse pas les autorités à cautionner les opérations coup de poing comme celle menée place des Vosges par «Jeudi Noir». Un collectif qui, a déploré le ministre à la radio, «fait un peu trop de politique» et méconnaît le caractère «inaliénable», «constitutionnel» et donc «intangible» du droit de propriété. Le gouvernement continue donc de s’opposer catégoriquement à toute réquisition de logements vides ou, au minimum, à tout moratoire des expulsions locatives au-delà des périodes de trêve hivernale comme celle ayant débuté ce week-end. Car, selon lui, ce genre de mesures aurait pour effet pervers d’aggraver la crise du logement, en dissuadant encore un peu plus les propriétaires de logements vides de louer leurs biens, de peur de ne jamais les récupérer en cas de non-paiement des loyers.

 

Confirmation, dès lors: un jour ou l’autre prochainement, les mal-logés et précaires de l’Hôtel de Sévigné vont voir débarquer les CRS. Au moins le spectacle sera-t-il assuré. Pour la résolution de fond du problème, c'est moins sûr.

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