29.10.2009
Une grimace
Cela faisait des semaines, voire des mois, qu’on l’annonçait, qu’on l’attendait, qu’on la craignait. Cette fois, semble-t-il, ça y est. Elle est là: la grippe A. Elle est là, à Paris en en région parisienne en tout cas. On a entendu l’info en boucle dans les médias depuis hier après-midi, quand a été diffusé le dernier rapport en date de l’Institut de veille sanitaire. Qui a confirmé que rien que la semaine dernière en région parisienne, a augmenté de 55% le nombre de consultations chez les médecins généralistes pour cause de virus grippaux, virus majoritairement de type A.
Coïncidence: hier avant même la publication de ce rapport, à deux reprises dans la journée, on a eu la puce à l’oreille qu’effectivement, en ce qui concerne cette maladie, les choses étaient peut-être en train de commencer à changer dans la capitale française. Le matin, en arrivant au bureau, on a remarqué qu’au cabinet médical situé au rez de l’immeuble, était désormais affiché, très visiblement et dès l’entrée, un avis sommant les patients d’avertir «dès leur arrivée» le personnel médical s’ils étaient sujets à de la fièvre et de la toux. Ensuite, à midi, un collègue journaliste français nous disait que, ce week-end, il avait passé une partie de la nuit aux urgences d’un grand hôpital parisien, pour un de ses gosses, et qu’il avait été impressionné par le grand nombre d’enfants qu’il avait croisés là, la plupart affublés d’un masque.
Après avoir tant et tant de fois été annoncée, la grippe A semble donc approcher. Cela dit, avant même qu’elle se déclare massivement, le gouvernement français a de quoi faire doublement la grimace.
D’abord, il pourrait avoir commandé (à grand frais) deux fois trop de vaccins contre cette maladie. Puisque, selon nombre d’experts, une seule injection (et non deux, comme on le pensait au début) sera nécessaire pour immuniser la population. Or, cet été, le ministère de la Santé avait commandé la bagatelle de 94 millions de doses aux laboratoires pharmaceutiques. Du coup, la France va vraisemblablement se retrouver avec, sur les bras, des millions de doses de vaccin en trop. Notez que cela lui fournira une opportunité de redorer son image internationale. En effet, le gouvernement, qui ne cesse de nier qu’il réduit d’année en année son aide au développement accordée aux pays du Sud, aura l’occasion de faire un geste humanitaire spectaculaire avec tous ces vaccins en trop.
Grimace, ensuite, car des stocks énormes de vaccins inutilisés risquent d’autant plus de se former que l’opinion, décidément, résiste à la dramatisation. Selon un dernier sondage en date, seuls… 17% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe A, 17% parmi lesquels 7% seulement disent qu’ils vont certainement faire cette vaccination.
Dès lors, si la gravité de l’épidémie et donc l’état de l’opinion n’évoluent pas, cette grippe A risque bien, pour le gouvernement français, de représenter moins une catastrophe sanitaire – même si on n’oublie pas les 44 décès déjà dus en France à cette maladie – qu’un gros fiasco financier. Humainement, c’est assurément moins grave. Mais politiquement, en ces temps d’austérité budgétaire, cela pourrait bien lui être reproché.
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, gouvernement




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