18.03.2010
Une nébuleuse
A chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.
A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu» par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.
Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde» -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.
Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France.
11:29 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, paris, folklore, femmes, belgique
17.03.2010
Une coupure
Plus que jamais, depuis dimanche, la capitale française est coupée en deux. Politiquement, s’entend. En effet, les résultats du premier tour des élections régionales ont largement confirmé la vieille division électorale qui sépare Paris en deux parties. Cette fracture électorale parisienne est verticale. Tracez une ligne séparant Paris de part en part, du haut vers le bas. A gauche de cette verticale, à l’Ouest de la capitale donc (en gros, les beaux quartiers), on vote massivement à droite. Alors qu’à droite de cette verticale, dans l’Est parisien donc (pour faire vite: les quartiers populaires), on vote largement à gauche. Cela n’a rien de neuf, ce clivage sociologico-politique parisien? D’accord, mais, quand on regarde de près les résultats électoraux de dimanche, cela reste tout de même assez spectaculaire.
Ainsi, dans le seizième arrondissement, bastion chic de l’Ouest parisien s’il en est, l’UMP a cartonné à plus de …60% des voix, ne laissant que des miettes aux socialistes et aux écologistes (20% à eux deux). Idem dans le tout aussi select septième arrondissement, celui de Rachida Dati, aux pieds de la tour Eiffel: 54% pour l’UMP, 14% pour le PS, 12% pour les Verts. En revanche, de l’autre côté de cette verticale politique, dans l’Est parisien donc, le rapport de forces est exactement inverse. Dans le très populaire vingtième arrondissement par exemple (Ménilmontant, porte de Bagnolet, et tout cela), le score de l’UMP dégringole à…14%: dix points de moins que les Verts et deux fois moins que les socialistes.
Confirmation aussi, dimanche, d’une tendance électorale elle plus récente, qui s’était déjà manifestée aux élections européennes de l’an dernier (relire ici): le fort ancrage des Verts dans le Paris dit bobo. Deux exemples particulièrement éclairants. Dans le dixième arrondissement (les berges du canal Saint-Martin, etc.), les Verts (28,3%) font quasiment jeu égal avec les socialistes (29,7%). Et dans le deuxième arrondissement (les petites rues piétonnes du quartier Montorgueil, etc.), les amis de Daniel Cohn-Bendit, avec 28,9%, devancent de plus de trois points le PS. Et confirment leur position de premier parti.
11:34 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, paris
16.03.2010
Une disparition
Poursuivons notre petite exploration des résultats des élections de dimanche dans notre quartier, et à Paris en général. Dans la capitale française, ce premier tour du scrutin régional s’est traduit notamment par la confirmation d'un phénomène politique qui ne date pas d'hier: le manque total d’ancrage de l’extrême droite – ce qui, au passage, n’empêche pas les militants de cette mouvance de s’illustrer, à l’occasion, dans le quartier (relire ici ou là). Dimanche à Paris, le parti de Jean-Marie Le Pen a, une fois de plus, fait des résultats désatreux. Ainsi, dans notre onzième arrondissement, le candidat frontiste n’a recueilli que 1.864 voix, sur quelque 38.000 suffrages exprimés, soit 4,8%. Manifestement, le slogan principal du FN, «Les Français premiers servis!», chez nous, n’a pas beaucoup plu.
Le onzième, assez bobo même s’il l’est moins que la caricature qu'on en fait souvent, n’est pas forcément représentatif de la sociologie de l’électorat parisien en général. Voyons donc le score du Front national ailleurs dans la capitale. L’on peut constater que, même dans les arrondissements les moins nantis de Paris (en gros, ceux au Nord: le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième), l’extrême droite n’a jamais engrangé plus de 6% des voix. Ses meilleurs scores parisiens, le parti de Jean-Parie Le Pen les a réalisés en fait dans les quartiers les plus chics, qui sont aussi des bastions de la droite, comme le seizième (7%).
En Région parisienne au sens large, le FN n’a pas davantage cartonné, malgré des scores nettement plus élevés dans certaines banlieues qu’à Paris: 12% par exemple en Seine Saint Denis et dans le Val d’Oise. Du coup, à l’échelle de la Région, le parti d’extrême droite, avec 9,2% des suffrages au total, n’a pas résussi dimanche à atteindre la barre fatidique des 10%, qui permet de se maintenir au second tour. Conséquence? C’est carrément la disparition prochaine de l’extrême droite du Conseil de la Région Ile-de-France, où elle compte à présent 9 élus.
Pour la capitale, c’est tout de même une évolution politique qui n’est pas complètement banale.
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, le pen, paris
15.03.2010
Un désert
C’est peu dire qu’on n’a pas du tout été étonné hier soir, quand est tombé le chiffre astronomique relatif à l’abstention enregistrée dimanche, au premier tour des élections régionales. En effet, dans notre propre petit bureau de vote du onzième arrondissement parisien, dans le quartier Saint-Sébastien, c’était… le désert. Pas la moindre queue d’électeurs devant les isoloirs. Pas un chat et un silence de mort dans la cour de la petite école élémentaire réquisitionnée pour l’occasion. Et, dans les bureaux de vote, du personnel qui bayait aux corneilles. Frappant aussi: la moyenne d’âge des rares électeurs qu’on y a croisés tournait autour des 50 ans – là aussi, on n’a pas été étonné d’entendre le soir même les commentaires selon lesquels parmi les abstentionnistes, avaient figuré nombre d’électeurs jeunes et citadins.
Sur les quelque 80.000 électeurs inscrits de notre onzième arrondissement, 38.000 seulement ont glissé un bulletin dans l’urne. Dès vendredi soir, on a eu la puce à l’oreille de ce désintérêt général en constatant, à notre modeste niveau, que pas mal de nos copains étaient en partance pour le week-end, sans avoir pris leurs dispositions pour se faire représenter électoralement. Samedi, même constatation au téléphone avec les copains qui étaient restés à Paris: peu avaient l’air décidés à aller voter le lendemain. Un brunch, un footing, une expo, un ciné, une grande balade: on nous a parlé de tout sauf d’élections. Et dimanche, dans la cour de la maison, à la question de la journée entre voisins qui se croisaient (« Hello! Ca va? Tu vas voter, toi?»), on a surtout entendu des «Ouais, bof/ Peut-être, nsais pas/Non, je crois pas/On verra».
Hier donc, électoralement parlant, notre entourage a été parfaitement raccord avec la tendance globale du Français moyen. On ne sait pas trop si on doit se réjouir de cette dominicale harmonie.
10:38 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, paris
12.03.2010
Un désintérêt
Dernier jour ouvrable avant un week-end électoral: dimanche en France, c’est le premier tour des élections régionales. Hier soir, c’était la grosse animation politique dans le quartier, a-t-on constaté en rentrant à la maison. Pour son dernier meeting de campagne, en effet, le PS avait réquisitionné le Cirque d’Hiver, la grande salle de spectacles du boulevard des Filles du Calvaire. Les socialistes y ont fait salle comble. La veille au soir déjà, au même endroit, les Verts et leurs leaders (Daniel Cohn-Bendit, José Bové, etc.) avaient réuni la grande foule.
L’affluence de militants constatée à ces grands meetings parisiens cache mal, toutefois, le large désintérêt de l’électorat pour ce scrutin. Le taux d’abstention qui sera annoncé dimanche soir le confirmera sans doute, mais d’ores et déjà, dans la vie quotidienne à Paris, on a pu constater cette assez faible mobilisation des foules.
Ainsi, c’était frappant hier soir devant le Cirque d’Hiver. Le PS avait déployé un écran géant sur la façade de l’édifice, sur lequel le grand public pouvait suivre en temps réel les interventions prononcés au même moment à la tribune par les orateurs. Sur le coup de 22 heures, c’était Martine Aubry qui était en train de discourir sur cet écran géant. Pour autant, à ce moment, les passants n’ont pas ralenti le pas pour l’écouter. Les riverains n’ont pas afflué pour la voir. Les fêtards des bars et restaurants du coin n’ont pas interrompu leurs agapes pour assister à ce moment. Et l’apparition sur grand écran de la patronne des socialistes n’a évidemment pas provoqué d'embouteillages sur le boulevard.
«Ces élections, ça n’intéresse personne!», nous avait dit, quelques heures plus tôt, le kiosquier d'un boulevard un peu plus loin, chez qui on va acheter la presse chaque matin avant d’arriver au bureau. La veille, il avait dû jeter à la poubelle «des dizaines d’exemplaires» d’un supplément électoral édité par un quotidien: «C’était gratuit, mais les gens ne le prenaient même pas». De même, dans notre quartier du onzième arrondissement, de nombreux panneaux électoraux, ce matin encore, étaient complètement vides. Et on n’a jamais vu, ces dernières semaines, des affiches électorales vandalisées, raturées, taguées, commentées, détournées, arrachées – comme c’était si fréquent aux présidentielles de 2007. Enfin, ces derniers dimanches matins, sur les marchés du quartier, on a bien croisé l’un ou l’autre militant en train de distribuer des tracts. Mais, on l'a vu, ils ne devaient pas rarement insister auprès des gens pour qu’ils les acceptent de les prendre. Et jamais on n’est tombé sur des discussions improvisées mais passionnées, en plein marché, entre militants ou électeurs de bords politiques opposés.
Du coup, si tant est que ces quelques petits indices de la vie quotidienne parisienne soient révélateurs d’un climat général, on ne serait pas du tout étonné que les bureaux de vote soient plutôt déserts, dimanche.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, politique, paris
11.03.2010
Un triomphe
Un peu de culture aujourd’hui, parce qu’on regrette de ne pouvoir en faire plus souvent dans ce blog. Et une bonne nouvelle, parce que ça fait du bien. Bonne nouvelle, car elle montre qu’à Paris en matière d’arts, oui décidément, le grand public est bien plus ouvert et curieux que ce que prétendent parfois certains esthètes grincheux et volontiers méprisants. Viennent à nouveau d’en témoigner les chiffres de fréquentation astronomiques de l’exposition consacrée au peintre Pierre Soulages, des données qui ont été dévoilées en milieu de semaine par le Centre Pompidou, où s’est clôturée lundi cette rétrospective.
Rétrospective assez épatante, on l’avait écrit (ici) le jour de son vernissage. Mais consacrée à un artiste abstrait dont on aurait pu penser qu’il n’était pas d’office d’un accès aisé pour tout le monde. Les monochromes noirs de Soulages, ce n’est pas la migraine assurée, mais cela ne s'aborde tout de même pas aussi aisément que des paysages de Cézanne, des nus de Renoir, des danseuses de Matisse ou des Tahitiennes de Gauguin – cela dit sans déprécier aucunement ces derniers artistes. Et bien, malgré cela, en moins de six mois, l’expo Soulages a été vue par... plus d’un demi-million de visiteurs! 502.000 très exactement, soit près de 5.000 visiteurs par jour. Triomphe d’autant plus inattendu et impressionnant que, pendant la durée de cette rétrospective, le Centre Pompidou a été fermé au public pendant plus de trois semaines, pour cause de grève. Sans ce mouvement social, on aurait sans doute dépassé les 600.000 visiteurs.
Voilà qui, au palmarès de la fréquentation des grandes expos de Beaubourg, place carrément ce peintre abstrait français juste derrière les stars internationales aussi populaires que sont Kandinsky (703.000 visiteurs, en 2009), Matisse (735.000, en 1993) et Dali (840.000, en 1979).
Ce serait si bien si un tel succès incitait les responsables des grands centres culturels parisiens – et, au-delà, français – à faire preuve d’audace dans leurs prochaines programmations.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, expositions, paris
10.03.2010
Une communauté
Ils faisaient vraiment peine à voir, hier à la télé. C’était dans un des derniers JT du soir. Cela se passait en banlieue parisienne. Les images montraient quelque 200 Roms, dont d’innombrables femmes, enfants voire bébés, agglutinés dans un gymnase municipal. Ils avaient dû y trouver refuge car leur bidonville, situé le long d’une route départementale à Massy (banlieue Sud de Paris), avait été dévasté, lundi. Mis à sac et en grande partie incendié par des agresseurs encore non autrement identifiés – il pourrait s’agir, selon les autorités, d’une vendetta entre gens du voyage. «Ils ont tout perdu», compatissait un assistant social, pendant que les volontaires de la Croix-Rouge tentaient de réconforter les plus affectés.
Déjà que ces gens n’avaient vraiment pas grand-chose, pensait-on hier en voyant ce spectacle – imaginez ce que cela doit être, par une météo pareille, pour des bébés et des enfants en bas âge, de dormir dans des baraquements en carton… – mais en plus, maintenant, ils doivent subir la violence physique.
Le même jour hier, on avait reçu par la poste la documentation électorale relative au scrutin régional, dont le premier tour a lieu dimanche. Par curiosité, après avoir vu ce reportage, on a survolé ces programmes électoraux pour voir ce que proposaient les candidats et candidates à l'attention de la communauté des gens du voyage. Pour régler les effrayants problèmes de logement, de salubrité, de scolarité ou de santé que connaît cette communauté qui, dans d’autres régions du pays aussi mais en région parisienne particulièrement, subit depuis des années un véritable calvaire. Calvaire en plus pas rarement meurtrier (relire ici ou là). Rien. A moins que cela nous ait échappé, pas une ligne.
En France aujourd’hui, décidément, les Roms constituent la dernière communauté des oubliés. Ceux dont on ne parle jamais, ou si peu. Ceux dont, à part quelques travailleurs humanitaires admirables, tout le monde a l’air d’éperdument se moquer, y compris les politiques. Il est vrai que ces gens ne votent pas.
11:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, banlieues
09.03.2010
Une cochonnerie
Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»
Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.
Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.
Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.
10:44 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, religion, activisme, gastronomie
08.03.2010
Une femme
Parlons de la Parisienne aujourd’hui, puisque c’est la Journée internationale de la Femme. Tarte à la crème, ce 8 mars? A l’attention des sceptiques ou critiques –.plus fréquemment des mâles que des femmes, au demeurant – , la mairie de Paris rappelle que cette journée, «symbole des combats féministes, reste aujourd’hui d’une brûlante actualité: les violences faites aux femmes, les inégalités salariales et professionnelles sont des réalités tenaces, y compris en France».
A Paris à première vue, selon les statistiques, les femmes sont mieux loties que dans le reste du pays. Les Parisiennes, en effet, ont un niveau éducatif et professionnel nettement supérieur à la moyenne nationale. Ainsi, «la part des cadres et professions intellectuelles supérieures atteint 31% chez les Parisiennes pour 9 % en France». Et «le taux de chômage des Parisiennes est de 11,9%, pour 15 % en France». Il n’en demeure pas moins que «les Parisiennes sont nettement plus à temps partiel (21%) que les Parisiens (9,4%) et un peu plus en emploi précaire». En outre, «les femmes n'ont pas bénéficié de la création d'emplois générés dans les secteurs à forte valeur ajoutée». Et à Paris, «le salaire horaire net moyen des hommes est en moyenne supérieur de 35,8 % à celui des femmes».
Bref, il y a encore du boulot pour l'égalité.
C’est ce que rediront pendant toute cette année les militantes du Mouvement de libération de la femme (MLF), qui fête son quarantième anniversaire. C’était en 1970, un 26 août. «Elles n’étaient pas nombreuses pour aller déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe à Paris à la femme inconnue du soldat inconnu. Pas nombreuses mais déterminées et insolentes et drôles. Quelque temps plus tard, elles furent des centaines, des milliers à être déterminées et insolentes et drôles et efficaces, pesant sur la société, la contraignant à changer».
Sinon, autres temps autres mœurs, plutôt que de s’intéresser à ces femmes qui firent l’Histoire sociale du pays, France 4 se concentre sur un cliché collant à la peau de la Parisienne, mais dans un domaine infiniment plus léger. Fin du mois, en effet, la chaîne de télé diffuse un documentaire intitulé «Les Parisiennes sont les plus belles femmes du monde (enfin c’est ce qu’on m’a dit…)». Ce film se veut «la première typologie des Parisiennes pour les hommes qui veulent enfin comprendre l’incompréhensible». Mais la Parisienne, avec tout le mythe qui l’entoure, existe-t-elle vraiment? Le réalisateur n’a pas l’air d’en être sûr, puisque, pour appréhendrer cette réalité féminine capitale, il n’a pu faire autrement que de la scinder en plusieurs portraits différents: «Distinguer la femme délicieusement hautaine des beaux quartiers de la fille au gobelet en plastique (celle qui boit de la bière près du canal St Martin); comprendre la femme rouée de Saint Germain des Prés autant que l’étudiante qui sait si bien transformer son inexpérience en ingénuité; découvrir le charme de la femme à poussette (que l’on croise au sud de la capitale, dans la Mac Laren Belt) comme celui de l’inconnue magnétique (que l’on croise dans toute la ville)».
De la citation qui précède, on retiendra non l’accumulation de clichés passablement sexistes (femme rouée, ingénue, etc.), mais la confirmation que la Parisienne en tant que telle n'a pas l'air d'exister, puisqu’elle est infiniment plurielle comme on dit. Ce doit être la bonne nouvelle de la journée.
11:04 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, femmes, social, activisme, télévision
05.03.2010
Un cliché
Fin de semaine. Dans les rues de la capitale, comme chaque fin de semaine, aux devantures des kiosques à journaux et sur les colonnes Morris, les pubs reproduisant en grand format les Unes des newsmagazines sont en train de changer. Ce vendredi, le Parisien moyen sera loin de s’en attrister.
Une semaine, en effet, qu’il a dû se coltiner dans toute la ville la reproduction de la couv’ de l'hebdomadaire «Marianne» expliquant abruptement, sur foi d’un sondage, «Pourquoi on déteste les Parisiens». Récemment déjà, un dossier au vitriol du «Courrier international» avait conclu, sur base de l’un ou l’autre article de la presse étrangère, que non seulement les Parisiens ne sont «pas accueillants», mais qu’en plus ils sont «grincheux», «extrêmement grossiers», voire «cochons» et même «pervers». Confirmation par «Marianne» cette semaine: les habitants de la capitale sont «nettement plus arrogants, agressifs, dragueurs, stressés, chauvins, snobs, nombrilistes que les autres Français. Et moins généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants».
Cela nous a vraiment gonflé, cette vague de parisianophobie médiatique. On n’a jamais prétendu que vivre à Paris immunisait de la connerie. Et on est rarement tendre envers nos confrères citadins. Mais là, c’est tellement cliché… Au quotidien, on fréquente évidemment des tas de Parisiens «généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants». Et, malgré toutes ces années passées à Paris, on n’a pas du tout le sentiment d’être devenu «arrogant, agressif, dragueur, stressé, chauvin, snob, nombriliste, pas accueillant, grincheux, extrêmement grossier, cochon voire pervers». Soit donc, dans cette capitale, on vit dans une espèce de cocon s’apparentant à un pays des Bisounours ou de Candy absolument pas représentatif de la réalité. Soit ce portrait du Parisien moyen est vraiment péniblement caricatural.
On pencherait d’autant plus volontiers pour la seconde hypothèse que Paris, il ne faudrait tout de même pas l’oublier, d’année en année et depuis d’innombrables années, demeure la première destination touristique mondiale: elle accueille invariablement des dizaines de millions de touristes étrangers par an. Serait-ce le cas et depuis si longtemps si les Parisiens étaient à ce point insupportables?
11:03 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, médias
04.03.2010
Un stress
92 minutes. C’est le temps moyen que l’habitant de la région parisienne passe chaque jour dans les transports en commun. Ce chiffre figure dans la dernière étude réalisée par l’Observatoire régional de la santé au travail, une enquête dont les résultats ont été rendus publics au début de cette semaine. A la question de savoir si, d’une manière générale, les transports en commun qu’ils utilisent pour aller au travail subissents des retards, 69% des voyageurs ont répondu par l’affirmative. On découvre aussi dans cette étude que, pour six sondés sur dix, ces trajets domicile-travail sont une source de désagréments. Des désagréments qui, dans plus de la moitié des cas, influent négativement sur leur vie professionnelle, leur vie privée et/ou leur santé.
Si l’on estime que quelque 8 millions de personnes empruntent chaque jour un transport commun en région parisienne, cela fait pas mal de millions de gens quotidiennement mécontents de la qualité de ce service public et souffrant de ses dysfonctionnements.
Le mois dernier déjà, commentant les résultats d’une étude d’impact, le cabinet privé Technologia, spécialisé dans la prévention des risques professionnels, avait alarmé sur les conséquences de ces transports publics déficients sur le stress au travail. En région parisienne singulièrement, avait-il mis en garde, «la dégradation des conditions de transport est devenue un enjeu de santé pour les salariés», car «elle est à l’origine d’un vrai facteur de stress au travail». D’autant que, souvent, les entreprises, «si elles se soucient de la santé physique (travail à la chaîne) ou psychique (harcèlement) de leurs salariés, n’intègrent pas le fait que des trajets longs et chaotiques pèsent sur leur travail». «Sur certaines lignes, les gens n’en peuvent plus; c’est frappant!», s’était exclamé le patron de Technologia. Qui avait notamment fustigé «l’anarchie» du RER A – 20.000 retards recensés en 2008, pour donner une idée aux lecteurs qui ne prendraient jamais cette ligne.
En temps normal déjà, on se réjouit souvent de vivre et de travailler dans le centre de Paris. A la lecture de ces études encore plus, on se dit que c’est vraiment une chance et un privilège. 92 minutes de stress épargnées chaque jour, cela n’a pas de prix.
10:57 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, social, santé
03.03.2010
Un soutien
Bravo décidément, Carrefour. Après avoir annoncé un plan massif de restructuration en Belgique la semaine dernière, le géant français de la distribution fait, cette semaine, parler de lui en France. Dans un dossier beaucoup moins médiatisé et pourtant tragique. Ce sont les suites d’un drame survenu fin décembre au supermarché Carrefour Part-Dieu, à Lyon. Un jeune homme, prénommé Michaël, avait trouvé la mort après avoir été surpris par les vigiles du supermarché en train de voler une canette de bière.
Amené dans un local de sécurité du magasin, il avait succombé des suites d’une «asphyxie avec écrasement de la cage thoracique», selon l’autopsie. Les images filmées par les caméras de vidéosurveillance l'avaient montré longuement et violemment maintenu plaqué sur une table par les cerbères, jusqu'à en perdre connaissance. «Mourir pour une canette de bière, ce n'est pas acceptable», s’était insurgé le procureur, «choqué» par ce fait divers « tout simplement ahurissant» et par ces images de «mort en direct». Depuis, les vigiles concernés ainsi que le salarié de Carrefour chargé de la sécurité de ce supermarché ont été mis en examen pour «violences volontaires en réunion avec circonstances aggravantes, ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Et incarcérés.
On en était resté là. Avec le souvenir d’une affaire qui, trouvait-on, avait curieusement fait assez peu de bruit. N’avait en tout cas pas donné lieu, à moins que cela nous ait échappé, à des déclarations solennelles et apitoyées de Carrefour. Et puis, ce matin à la radio, on a entendu que ce groupe, en fait, soutenait totalement ces grosses brutes (présumées). En effet, il a garanti aux juges de les réembaucher aussitôt leurs ennuis avec la justice terminés. Argument qu’a fait valoir leur avocat hier pour réclamer leur remise en liberté, qui a finalement été refusée.
D’habitude, on est le premier à trouver remarquable quand des gens, des associations et a fortiori des entreprises privées s’engagent en faveur de la réinsertion de détenus. Ce qui leur donne une chance de redémarrer dans la vie et leur permet de quitter des prisons qui ne sont jamais la meilleure solution – d’autant plus vu leur état notoirement si déplorable en France. Mais, dans ce cas précis, on trouve tout de même cela un peu léger. Comme une tentative de coup d’éponge vite passé sur un dérapage horrible. On dirait presque un «geste commercial», comme on dit.
Que pense donc la famille de ce jeune Michaël de cette initiative de Carrefour? Et que pense-t-elle de cette révélation (ici) selon laquelle ces vigiles, en répertoriant leurs interventions, les catégorisaient en fonction de l’origine ethnique des personnes visées. On ne l’a pas encore dit, mais le jeune homme était d’origine antillaise.
«Carrefour, le positif est de retour», dit le slogan publicitaire de la chaîne. C’est drôle comme on l’entend peu, en ce moment.
12:30 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, justice, sécurité
02.03.2010
Une richesse
Peu de nature à Paris, écrivait-on dans ce blog hier. Pas si peu que cela finalement, semble-t-il. La capitale française serait même «un carrefour biogéographique très riche». C’est en tout cas ce qu’on peut lire dans le programme lancé l’autre jour par la mairie à l’occasion de l’Année mondiale de la biodiversité qu’est l’an 2010.
Ainsi, auraient élu domicile à Paris «plus de 2000 espèces de plantes sauvages et de champignons et autant d’espèces animales». Parmi ces dernières, plus d'un millier d’insectes différents: papillons, libellules, fourmis, abeilles, etc. Dix espèces d’amphibiens, dont paraît-il des «crapauds accoucheurs» et «tritons palmés» – autant vous dire que, depuis la dizaine d’années que l'on arpente le bitume parisien, on n’y a jamais vu ce genre de bestioles. Trente-trois espèces de mammifères: hérissons, fouines, chauve-souris, renards ou écureuils – idem: inconnus à notre bataillon de Parisien moyen. Quarante-huit espèces de mollusques – ça oui, on peut en témoigner: les terrasses du bureau et la cour de la maison sont envahies à longueur d’années par les escargots. Paris regorgerait également de lézards et d’orvets, de faucons et de chardonnerets, et même de truites, d’anguilles et de brochets.
Cette grande richesse biologique s’expliquerait par «la présence d’une mosaïque de milieux de vie, l’abondance de nourriture, moins de prédateurs et des températures souvent clémentes». D’où la présence y compris d’orchidées sauvages dans les bois et certains jardins de la capitale. D'où aussi le fait qu’au cimetière du Père Lachaise par exemple, on peut tomber sur des espèces végétales protégées (comme la «renoncule à petites fleurs») et sur des animaux a priori aussi peu urbains que la chouette hulotte.
Dans le cadre de cette Année de la biodiversité, les Parisiens sont invités à participer à l’élaboration d’un observatoire de la flore et de la faune sauvages. Sur des sites donnés, ils seront mis à contribution pour observer, recenser et consigner des plantes sauvages mais aussi des animaux «ayant un intérêt particulier en matière de biodiversité urbaine et indicateurs de la qualité du milieu», tels les insectes pollinisateurs. Photos et vidéos réalisées par les riverains seront également les bienvenues.
Vu des arrondissements centraux où l’on vit, et dont, on l’avoue, on ne s’éloigne que rarement, tout cela paraît furieusement et délicieusement bucolique – limite exotique.
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01.03.2010
Un décalage
Paris en complet décalage par rapport au reste du pays, ce lundi. C’était frappant ce matin, dans les rues de la capitale. Soleil radieux, ciel azur, douceur des températures, à peine une légère brise, et des grands boulevards beaucoup plus calmes que d’habitude vu la moindre circulation automobile due aux vacances scolaires. Quel contraste, par rapport à ces récits horreurs et scènes d’apocalypse entendus, vus et lus depuis 24 heures dans tous les médias du pays, relatifs à la tempête meurtrière ayant ravagé la façade atlantique ce week-end.
Alors, bien sûr, cela a pas mal déménagé à Paris aussi dimanche, sur le coup de 6 heures du matin. Les rafales de vent étaient si impressionnantes, y compris dans les arrondissements centraux, qu’elles ont dû tirer prématurément du lit nombre de Parisiens. Et le vacarme incessant des sirènes des véhicules de pompiers, appelés de tous côtés, n’a pas facilité les choses pour se rendormir. Mais les dégâts, dans la capitale, ont été limités. A la maison, quelques pots de fleurs ont dégringolé des rebords de fenêtre pour s’écraser dix mètres plus bas, sur les pavés de la cour. Au bureau ce matin, on a remarqué que les chaises longues des terrasses avaient été quelque peu malmenées. Dans les rues de notre onzième arrondissement hier, aux aires de stationnement réservées aux deux roues, c’était l’hécatombe: on ne comptait plus les vélos ou scooters ayant vacillé sur la chaussée. Au grand marché qui, chaque dimanche matin, anime le boulevard Richard Lenoir jusqu'à Bastille, il y avait beaucoup moins de monde que d’habitude: nombre de commerçants avaient renoncé à monter leurs stands, de peur que les bourrasques les fassent s’envoler, et avaient préféré retourner se coucher. Et un peu partout sur les grands boulevards évidemment, pas mal de branches arrachées.
A l’échelle de la région parisienne, les plus gros embarras dus à la tempête ont été déplorés aux aéroports de Roissy et d’Orly, qui ont subi d'importants retards. Les grands bois de la capitale et de la région (Vincennes, Boulogne, Versailles, etc.), qui peinaient déjà à récupérer de la tempête dévastatrice de l'hiver 1999, ont été encore un peu plus déplumés. Pylônes arrachés, tuiles envolées, panneaux publicitaires déracinés, routes départementales et liaisons de chemin de fer locales perturbées; ce lundi encore, plusieurs milliers d’habitants de la région parisienne sont privés d’électricité.
Mais ce matin à Paris, tout cela paraissait très dérisoire par rapport aux ravages de la nature et aux drames humains survenus sur les côtes dévastées de Vendée ou de Charente maritime. Le manque de nature, dans cette capitale si densément construite et peuplée, manque que les Parisiens en temps normal sont si prompts à déplorer, cette fois les a protégés.
10:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, météo
26.02.2010
Une Journée
Derniers jours de février, ce week-end. Lundi, premier jour de mars, c’est la «Journée sans immigrés» en France. Cette initiative associative, soutenue par quelques partis, vise à rappeler l’importance de l’apport des populations d’origines étrangères. «Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants», dit le manifeste du mouvement. «Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés, qui ont toujours construit la France, soient ainsi niés d’un trait». Lundi, dès lors, les immigrés installés en France, leurs descendants et les sympathisants sont invités à se croiser les bras. Une façon, «par cette absence», de «marquer la nécessité de notre présence».
Si ce mouvement avait lieu aujourd’hui et s’il était très massivement suivi, à quoi donc aurait ressemblé pour nous ce vendredi, dans notre quartier de Paris? C’est la question qu’on s’est posée ce matin, au saut du lit.
D’abord, on aurait dû faire l’impasse sur les croissants du matin: la boulangerie où on a nos habitudes, dans notre onzième arrondissement, est tenue par une famille d’origine marocaine. On se serait rabattu sur le bar-tabac en face, pour un thé. Mais là aussi, on aurait trouvé porte close: le commerce est tenu par des Chinois. Arrivé le ventre vide et donc forcément un peu bougon au bureau, on aurait eu la mauvaise surprise de constater celui-ci complètement déserté par ses occupants habituels: tous journalistes et photographes de la presse internationale et donc qui auraient forcément été absents en cette journée sans étrangers. La matinée aurait donc été solitaire et morose. Le vendredi midi, quand on a le temps de prendre une pause-déjeuner, on va entre collègues au petit resto du coin. Cette fois là, on n’aurait pas pu y aller: c’est une gargote thaï. Le snack plus loin, alors? Pas de bol: le patron étant originaire d’Algérie, il aurait lui aussi été fermé. En début de soirée le vendredi, on fait du sport. Mais ce soir, pas sûr que l’entraînement aurait été maintenu: en effet, le personnel du gymnase municipal où il se déroule est en majorité antillais, dont quelque part un peu d’origine étrangère. Enfin, la troisième mi-temps, dans le Marais, aurait été beaucoup moins drôle que d’habitude: les bars de ce quartier, fréquentés par une faune d’origines si mélangées, auraient été bien vides en cette journée exclusivement franco-française de souche.
Bref, pour nous, cette journée sans étrangers aurait été assez pourrie. Et, sans avoir la prétention de mener une vie complètement représentative, on n’est pas loin de penser que cela aurait été le cas aussi pour pas mal de gens, à Paris et dans le pays.
Le simple fait qu’en France, en 2010, soit organisée une journée du type de celle de lundi en dit-il long sur l’état de ce pays?
11:58 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : etrangers, immigration, activisme
25.02.2010
Une vedette
Restons un jour encore dans le domaine de la publicité, mais beaucoup plus pacifique. Il n’est plus question cette fois de soldatesque boueuse et transpirante, mais au contraire de folklore sentant bon la fraîcheur et la ruralité bucoliques. On veut parler du retour de… la mère Denis, cette icône mémorable de la pub hexagonale.
Cela a vraiment fait beaucoup de buzz en France, cette semaine. C’est donc le grand retour de la célèbre lavandière qui, dans les années 70 et 80, fit les belles heures – «Ah oui, c’est vrai ça!» – de la pub télé pour le fabricant de lave-linge Vedette. Vingt ans après, sa bonne bouille et son physique généreux et campagnard s’affichent en ce moment, en photo murale géante sur le flanc d’un immeuble donnant sur le périph’. Avec ce slogan bien de saison à un mois des élections régionales: «Votez mère Denis!» Et une adresse web renvoyant à la page de fans de l’intéressée.
La dénommée Jeanne-Marie Le Calvé épouse Denis n’est évidemment pour rien dans ce retour fracassant. Puisque, depuis 1989, elle repose en paix dans un petit cimetière du Calvados. Sa réapparition en grand format est une opération de teasing publicitaire du groupe d’électroménager Fagor-Brandt, propriétaire de la marque Vedette. Un gros coup de marketing donc. Une opération notamment de marketing viral, comme on dit. Qui est en train de marcher du tonnerre – pour preuve ce matin, quand on googlisait le slogan de l’affiche, «Rendez nous Mère Denis!», on obtenait … 250.000 résultats!
250.000! Comme quoi, on en parle, de cette campagne de pub. Les Français seraient-ils en demande de futilité, en ce moment?
11:13 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, télévision, femmes, folklore
24.02.2010
Un recrutement (encore)
«C’est un petit peu embêtant». Confidence d’un porte-parole de l’état-major de l’armée de terre, qu’on est finalement parvenu à joindre hier après-midi. A propos, toujours, de cette campagne de recutement si visible dans le métro de Paris actuellement, a fortiori depuis qu’elle y côtoie une campagne de pub elle en faveur d’un jeu vidéo très guerrier – ce dont on parlait hier encore. «Non seulement, ils détournent notre slogan sans nous avoir demandé la moindre autorisation, mais, en plus, ils pervertissent complètement le sens de notre message: pour l’armée, c’est clair, la guerre n’est pas un jeu!»
Dès lors, sitôt après avoir aperçu lundi matin dans le métro ces placards publicitaires virtuellement belliqueux, les hauts gradés ont sauté sur leurs téléphones et passé un savon au distributeur du jeu vidéo. Qui, finalement, a pris deux engagements. Dès la semaine prochaine, sera retiré de ses affiches le slogan «Devenez plus que vous-même» , qui renvoyait à la campagne de l’armée. Et, sur son site web, sera mentionné clairement – et «à un emplacement visible», espèrent les militaires – que «l’armée de terre n’a rien à voir avec ce jeu vidéo car, pour elle, la guerre n’a rien d’un jeu».
Hier, l’officier qu’on avait au téléphone, qui finissait par être touchant tant il avait l’air gêné aux entournures, insistait sur le fait que c’était vraiment par «pure coïncidence» que, dans nombre de stations de métro de la capitale, les affiches des deux campagnes se soient retrouvées placardées sur des panneaux voisins, voire contigus. Ce saisissant rapprochement est «totalement fortuit. L’armée n’a rien demandé, et elle est la première à déplorer cette situation».
Dans le cas inverse, il est vrai, la Grande muette aurait été prise en flagrant délit de duplicité. Difficile de se vanter de ne pas faire de la promo de la guerre réelle dans des jeux de guerre vituelle, puis de s’arranger en douce, via les plannings de réservation des panneaux de la régie publicitaire, pour que les deux genres se rejoignent par affichage interposé. On aurait vraiment frisé la rouerie.
11:00 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, métro, armée, défense
23.02.2010
Un recrutement (suite)
Il y a dix jours (si cela vous avait échappé, relire ici), on avait parlé dans ce blog de «Devenez vous-même»: la grosse campagne de recrutement lancée, dans le métro parisien notamment, par l’armée de terre française. On notait que les militaires, pour mieux toucher les jeunes, avaient poussé le luxe jusqu’à s’offrir des incrustrations des visuels de leur campagne dans des jeux vidéos. Mais pas d’incrustrations dans des jeux de guerre, tout de même. Désormais, cependant, le lien entre guerre réelle et guerre ludique, sur PlayStation ou autres Xbox, est fait. On a pu le constater hier midi, toujours dans le métro de Paris.
«Devenez vous-même», incitait l’armée de terre. «Devenez plus que vous-même», proclament depuis lundi des tas d’affiches de pub placardées dans le réseau de la RATP. Cette campagne-là fait la promo d’un nouveau jeu vidéo, qui sortira début mars. Jeu indéniablement de guerre, puisqu’il est intitulé «Battlefield: Bad Company 2»: tout un programme. Les visuels de la campagne en faveur de ce jeu sont d’ailleurs explicites. On y voit des soldats crapahuter en treillis de combat sur fond de chars, d’hélicos, et tout cela.
Par son slogan similaire, cette pub pour un jeu de guerre fait donc directement allusion à la campagne de recrutement de l’armée de terre. Du reste, dans nombre de stations du métro de Paris, les affiches de ces deux campagnes se font face, d’un quai à l’autre. Voire sont placardées sur des panneaux publicitaires situés côte à côte. Saisissant rapprochement.
Hasard des plannings de réservation des panneaux publicitaires? Ou habile sens de l’à-propos de la part des commerciaux de l’industrie du jeu vidéo? A moins que… Ce voisinage entre guerre réelle et guerre virtuelle aurait-il été voulu par l’armée de terre? Au fond, que pensent les militaires français du détournement de leur slogan au profit d’un jeu vidéo belliqueux? Hier, on n’est pas parvenu à obtenir de commentaires du service de com’ de l’armée de terre. Le cas échéant, on y reviendra dans ce blog.

En attendant, avis aux usagers du métro de Paris qui seraient allergiques à la couleur kaki: les couloirs et stations du métro de la capitale, en ce moment, ont vraiment un look très viril. Camouflage, sang, poussières, sueur, patrie et (l)armes. Inutile de dire qu’à côté de cette débauche d’iconographie guerrière, les affiches annonçant la rétrospective que consacre le Grand Palais au grand peintre anglais Turner, célèbre pour ses couchers de soleil, constituent de très pacifiques respirations visuelles.
10:49 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, métro, armée, défense
22.02.2010
Un marché
On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.
A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.
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L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».
Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.
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19.02.2010
Une contagion
On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.
Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.
Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.
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